Un rapport endossé par l'opposition détaille les conditions d'une frappe aérienne

Le Conseil national syrien, principal mouvement de l'opposition, serait-il désormais favorable à une intervention militaire occidentale? Le mouvement publie sur son tout nouveau site, syriancouncil.org, un rapport intitulé Une zone de sécurité pour la Syrie. La création d'une «zone tampon» est revendiquée par le CNS depuis son congrès de Tunis en décembre dernier.
 

Durs à cuir

Il y a longtemps déjà que le discours politique vole bien bas dans notre charmant pays. Au ras des pâquerettes, disait-on poétiquement naguère. Au ras des semelles, pourra-t-on désormais renchérir : et cela par la grâce du député du Hezbollah Nawaf Moussaoui qui l’autre jour, en pleine séance parlementaire, faisait de sa chaussure chose plus respectable que l’élu du Metn-Nord Samy Gemayel.
 
Sous la pression de ses supérieurs, apparemment, le colérique député a fini par présenter ses excuses, non point à qui de droit il est vrai, mais à l’Assemblée et à son président. En ces temps de dérèglement effréné, c’était toujours cela ; pour classée que soit l’affaire, elle appelle tout de même un commentaire ou deux.
 
L’impudence de cette incroyable sortie n’avait d’égal, en fait, que son imprudence. Pour commencer, ce n’est pas l’adversaire mais soi-même que l’on déshonore en ne trouvant d’autre argument à brandir que ses godasses, quand bien même viendraient-elles de chez Gucci. Quant à parler de respectabilité, le moment était vraiment mal choisi. La première raison en est la très grande estime dont jouit, auprès de nombreux Libanais, l’insulté : à ses qualités propres s’ajoutant le fait qu’il est issu d’une grande famille politique qui a donné plus d’un martyr à la cause libanaise. Le même respect est certes dû à la mémoire de tous les martyrs, notamment ceux tombés au champ d’honneur en combattant l’ennemi israélien. Mais n’est-ce pas la résistance qui elle-même trahit cette mémoire – et aussi celle des chefs et leaders d’opinion lâchement assassinés ces dernières années – quand elle s’insurge contre la justice internationale et qu’elle se transforme en milice, retournant ses armes contre les Libanais pour monter à l’assaut du pouvoir?
 
Même reniement quand le seul réel objet de résistance est désormais l’édification d’un État de droit, que ce soit au Liban ou chez les voisins syriens. Quand le parti de Dieu accorde protection armée aux constructions illégales, branchements électriques illicites et autres atteintes aux recettes du Trésor. Quand il se prévaut abusivement de la clause d’effort de guerre pour introduire dans le pays, aux côtés des armements, toutes sortes de marchandises exemptées de taxes douanières, revendues à bas prix au grand dam des honnêtes commerçants. Quand il s’arroge la décision de paix ou de guerre, se jouant de la sécurité de la population. Quand il lance à la volée des accusations de collusion avec Israël dans le même temps qu’il tire gloire de son allégeance aux ayatollahs d’Iran. Quand il va jusqu’à proclamer que ses services de renseignements surveillent de près les nids d’espions dans certaines régions chrétiennes ; quand enfin (et la liste n’est guère exhaustive) il fait face lui-même à l’infamante accusation de trafic de drogue et de blanchiment d’argent, compromettant du coup une partie du secteur bancaire national.
 
Pour conclure cette grotesque histoire d’exhibition de souliers, on notera seulement que tant de kilomètres de fausse route ça use, use. Les gros trous dans la semelle, on n’a pas trop intérêt à les montrer.
 
Issa Goraieb
 
L'Orient-Le Jour
 
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